Slide background

Plus nous nous élevons et plus nous paraissons petits à ceux qui ne savent pas voler...

Slide background

L’imagination est plus importante que le savoir.

Catégories

LE TRAUMA TRUMP TROMPE, ÉNORMÉMENT… Au secours, Spinoza, reviens !

Le résultat des élections américaines et les réactions des uns et des autres me font penser à une phrase qui souvent est attribuée à Spinoza :

« Ne pas rire, ne pas pleurer, mais comprendre ».

En réalité la phrase originelle est plus intéressante encore :

« sedulo curavi, humanas actiones non ridere, non lugere, neque detestari, sed intelligere »

« J’ai mis grand soin à ne pas tourner en dérision les actions des hommes, à ne pas pleurer sur elles, à ne pas les détester, mais à les comprendre… »

Et la suite :

« …en face des passions, telles que l’amour, la haine, la colère, l’envie, la vanité, la miséricorde, et autres mouvements de l’âme, j’y ai vu non des vices, mais des propriétés, qui dépendent de la nature humaine, comme dépendent de la nature de l’air le chaud, le froid, les tempêtes, le tonnerre, et autres phénomènes de cette espèce, lesquels sont nécessaires, quoique incommodes, et se produisent en vertu de causes déterminées par lesquelles nous nous efforçons de les comprendre ». Spinoza, Traité Politique I, §4

Il répondait aussi à un interlocuteur (Oldemburg) qui s’inquiétait de la situation politique en Angleterre de l’époque :

« Pour ma part ces troubles ne m’incitent ni au rire ni non plus aux larmes ; ils m’engagent plutôt à philosopher et mieux observer ce qu’est  la nature humaine »

Je pense, en effet, qu’il faudra beaucoup étudier la question que ce résultat nous pose. Car c’est bien cela l’attitude philosophique. Ne pas d’emblée considérer que c’est navrant, que c’est un sale coup, encore moins s’en réjouir comme ils le font certains, avec une haine des élites (ce qui va très bien avec le populisme éhonté d’un Trump), et une certaine jouissance de la politique du pire, attitude terriblement infantile, ou de l’erreur des sondages, ou d’un certain goût de la gueule de bois, ni du plaisir de se faire peur, ni de se morfondre des malheurs du monde…  Mais considérer que ce résultat est une question qui nous est posée. Á tous les démocrates du monde, non seulement des USA.

Mais il faut bien déterminer quelle est la question :

Pourquoi la démocratie tend-t-elle à son contraire, se tournant vers de figures autocratiques ? Pourquoi les idées humanistes, l’ouverture à l’autre, l’égalité et la dignité de tous, ne sont pas majoritaires ? N’y a-t-il une confusion (incarnée par Clinton) entre modernité démocratique et néolibéralisme ? Est-il encore possible et raisonnable de présenter des candidats archi-usés, qui ont déjà gouverné et prouvé qu’ils n’ont rien résolu aux grands problèmes des gens et du monde ? N’est-il pas grand temps de changer la direction que les élites issues des grandes écoles du monde (tant américaines qu’européennes) ont imposé à la mondialisation? Nous, les humanistes (mais, le sommes encore?) les libéraux, les démocrates et les social-démocrates, les socialistes, les écologistes du monde, ne manquons-nous pas terriblement de force, d’élan, de courage, d’inspiration ? Ne souffrons-nous pas d’un manque navrant d’idées nouvelles, d’enthousiasme, de passion ? N’est-il pas normal alors que des êtres passionnels, irascibles, velléitaires, qui font appel aux parties irrationnelles, aux sentiments charnels et aux détestations primaires, aux fiertés les plus inavouables ou tout simplement au nationalisme de toujours, prennent le dessus ?

Il est grand temps de philosopher, oui, comme le penserait encore le grand juif d’Amsterdam. Ne pas se lamenter ni laisser des rires hystériques ni des petites vengeances personnelles (toujours contre les élites, les médias, les « intellos »). Ne pas laisser la voix aux frustrations, aux peurs, au rejet, au repli, à l’entre nous, à « l’ici c’est comme ça ». Car ce sont les Trump, Poutine, Erdogan, Orban, Netanyahou y qui sait demain (Le Pen?), qui gagnent.

Oui, le même processus peut arriver en Europe, en Amérique Latine, en Afrique, en Asie. Mais laissons pour l’instant les américains à leur problème, à leur démocratie, qui pour être compliquée -c’est peut-être une chance –  et à ses institutions, qui pour s’imbriquer de façon complexe ne laissent pas pleins pouvoirs au président de l’État fédéral, qui en l’occurrence à moins de pouvoirs que le président de la République française, par exemple. Inquiétons-nous, oui, de ce qui pourrait arriver chez-nous, si nous continuons avec cette manie des voies moyennes, cette politique timorée, étriquée, égoïste, et de peu d’hauteur et de peu de vision; si nous continuons à cultiver les réactions allergiques et les détestations au lieu de fortifier nos idées, de renforcer nos arguments, de potentialiser nos convictions humanistes, écologistes, universalistes, démocrates, égalitaires, hospitalières, cosmopolites – même si tout le monde ne partagera pas toutes ces expressions. Si nous ne fortifions pas nos compréhensions du monde, nos cultures et notre intellection rationnelle de l’être humain, mais aussi du côté passionnel de la politique et de nous-mêmes; oui, si nous continuons sur cette voie, tôt ou tard nous seront aussi balayées par plus fort que nous. Et nous l’aurons bien cherché.

L’avenir du monde est la grande question. Elle ne peut pas être répondue à la va vite, mais il n’est pas digne de ne pas l’aborder, en face, avec intelligence et courage.

Daniel Ramirez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *