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Plus nous nous élevons et plus nous paraissons petits à ceux qui ne savent pas voler...

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L’imagination est plus importante que le savoir.

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« KAGEMUSHA, l’ombre du guerrier », de Akira Kurosawa (1980), un grand moment du cinéma

Ciné-philo le dimanche 11 déc 2017 à 14h20 à l’Entrepôt à Paris.

Séance présentée et débat philosophique animé par Daniel Ramirez

Kagemusha

Il y a des existences qui ne sont que l’ombre d’une autre. Mais dans des sociétés a structure hiérarchique (en sommes-nous vraiment sortis ?), lorsqu’on n’est personne, être l’ombre d’un grand personnage, d’un grand guerrier, n’est-ce pas un destin extraordinaire ? Les grands meurent aussi, c’est clair, mais lorsque tout un système stratégique et symbolique repose sur la figure de ce grand chef, sa disparition est inacceptable ; il faut un double, une ombre, ce sera le « kagemusha » (sosie). Quand on est une telle ombre, quand on s’habitue à vivre dans l’armure d’un autre, que reste-t-il de sa propre personnalité ? L’armure, ce lieu du corps symbolique, d’une certaine façon est la peau du guerrier. Rappelons-nous que le masque du théâtre grec s’appelait « persona ». Le jeu de masques, de rôles et des costumes, le jeu de mouvements et de positions, de couleurs et d’étendards, est au centre de l’esthétique japonaise de la fin du moyen-âge. Cette esthétique – et cette éthique – guerrière, qui fascine et qui horrifie, se joue des existences individuelles, les sacrifiant au dessein des volontés de puissance obsessionnelles. Elle est aussi le cadre tragique d’un formidable déploiement de passions humaines, la jalousie, l’orgueil, la vengeance, qui avancent implacablement vers le désastre. Impossible de ne pas penser à la façon dont le Japon militariste de la première partie du XXe siècle s’est aveuglé, fonçant droit dans le mur d’un destin funeste.

Kagemusha 2
Le grand Akira Kurosawa, Sensei shakespearien du cinéma japonais, déroule ce drame du kagemusha, conflit tout intérieur d’une conscience qui se sait aliénée (dépossédée) mais qui essaie d’échapper à sa condition par l’identification parfaite avec son modèle, broyée entre la petitesse et la grandeur. C’est une histoire navrante, mais l’artiste la raconte avec un tel feu d’artifice de beauté, avec un tel sens de la chorégraphie et du tragique, qu’il transcende même le contexte idéologique du Bushido nippon, et touche, en convoquant le sublime, quelque chose de l’universel. La musique, les paysages, le rythme et d’excellents acteurs font le reste. On est emporté dans les batailles et aussi dans la grande guerre intérieure, celle du destin de l’homme, qui n’est personne, mais qui est aux portes de la gloire, qui est fragile, mais qui peut mobiliser des puissances prodigieuses qui, sans la sagesse, pourtant elle aussi aux portes, ne peuvent conduire qu’à l’effondrement.
Une occasion rarissime de voir ce chef d’œuvre dans une vraie salle — comme une symphonie de Mahler dans des écouteurs de portable —, un tel cinéma ne supporte pas des petits écrans.
Un magnifique ciné-philo pour cette date anniversaire.

L’ENTREPOT,
7 Rue Francias de Préssensé, Paris 14e, M° Pernety
Entrée au cinéma 8€30, le débat est libre, dans l’espace café.

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